Cécile Guilbert, tout simplement.

20 septembre 2017

Posté dans Rencontre

Le matin même, elle m’a donné rendez-vous au café de la Mairie. J’attends ce moment depuis 15 jours, je l’ai noté en rouge sur mon agenda. Je suis fébrile, impressionnée, comme une gamine attendant son idole. Cécile Guilbert est ma première rencontre d’écrivain. Ma première vraie demande.

Elle est arrivée, telle que je l’imaginais, taillée dans l’argile, comme une sculpture de Rodin, brut, intense. Est-ce que cela veut dire quelque chose brut, intense ? Tout de suite elle me demande pourquoi j’ai voulu la rencontrer ? Rien,  seulement pour vous dire mon admiration, parler de votre parcours, essayer de comprendre ce qu’écrire veut dire ?

Elle me dit : « Vous savez les gens n’aiment pas ceux qui écrivent, il faut être libre pour écrire, ne pas pouvoir vivre sans, se contenter de peu, ne pas avoir envie d’argent ! » Plus tard dans la conversation elle m’avoue n’avoir aucune ambition sociale. Diplômée de Science Pô, elle n’a pas présenté l’ENA de peur de réussir !!! Elle a commencé par écrire des essais pour ne pas avoir à dire Je.

Saint Simon d’abord dont Philippe Sollers dit à la parution du livre : « Un des actes subversifs les plus simples consiste désormais à ouvrir les Mémoires de Saint-Simon »

Un aveux de carrière pour Cécile Guilbert qui avant tout aiguise son besoin quasi animal de liberté, elle semble aller à la rencontre instinctive de qui lui ressemble. Guy Debord : « Un livre de sailli, morsures, fragments : une écriture par gros temps ; une écriture pour rescapés : ceux qui ont trop vu pour ne pas lire un peu et ceux qui ont trop lu pour ne pas lire encore ». 

Laurence Sterne : l’écrivain le plus libre.  Warhol Spirit pour lequel elle obtient le prix Médicis essai en 2008.

Cécile Guilbert est aussi une voix de radio (France Culture) une grande lectrice de littérature américaine. Je l’ai entendu parler de Bret Easton Ellis comme personne, elle a écrit sur Don de Lillo dans la Nouvelle Revue Française. Mais elle n’aime plus être journaliste. Trop de compromis, trop de livres aimés pour parler de ceux que l’on aime pas. Cécile Guilbert est « Sans entraves et sans temps morts ».

Je la regarde, ses yeux sont sans fond, son regard incroyablement intense.

En 2012, elle écrit Réanimation pour raconter la maladie de son mari : « Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout ».  Je l’ai vu à la parution du livre, à L’Écume des pages, dans une robe noire en cuir, magnifique, de cette beauté intelligente qu’envie toutes les femmes. Cette année là, Cécile Guilbert a pris sa parole pour raconter sa souffrance, son amour aussi, avant tout son amour.

Je lui demande si elle a lu de belles choses pour cette rentrée : Oui, Le cercle des Tempêtes de Judith Brouste, Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprièlian. Elle me parle aussi de Crisitna Campo, poétesse italienne qu’elle seule semble connaître et sur laquelle elle est en train d’écrire pour un collectif à paraître bientôt. (Je vous dirai)

Puis, « Je peux vous laisser,

–  et si vous voulez écrire, restez chez vous, faites vous belle, ne restez pas en pyjama, mettez des colliers, maquillez-vous,

ayez une bonne estime de vous, partez en vacances à l’île Maurice,

prenez soin de vous ! »

Le mardi 30 septembre 2014, Marie-Paule Silvestre.