SALTER peut tout inventer !

24 janvier 2017

Posté dans Billets

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J’ai passé un été bizarre, dans le soleil du sud à contempler les arbres du jardin, à couper les roses fanées, souvent à bout de souffle devant tant de beauté. Dans ma valise un seul livre, précipitant le hasard de la rencontre des mots qui jaillissaient dans ma tête, parfois comme des illuminations. Laissant revenir à moi les souvenirs de lecture, les lits défaits et les nuits sans sommeil. J’ai attendu le hasard du voyage, acheté jusqu’à cinq livres par jour, j’ai enfin contemplé la littérature comme une certitude…/…

Comme une prémonition, juste avant de partir j’ai pris un verre avec V à qui j’ai prêté « Un sport et un passe temps » qui s’étonne de ne pas l’avoir lu. Plus tard, il m’envoie un texto satisfait disant laconiquement : « Salter, le grand écrivain américain que vous n’avez jamais lu »

En Juillet la rumeur n’a fait qu’enfler, ceux qui l’ont lu et ceux qui aimeraient l’avoir lu (dont moi). Il faut dire que l’homme est mythique. À 89 ans il n’a que des chefs d’oeuvre à son actif. Pour la petite histoire il ne s’est pas laissé convaincre de rencontrer Hemingway mais a pris des verres avec Nabokov (ah oui quand même ! ).

Pourtant à la fin du mois d’août le livre est là et en ouvrant ET RIEN D’AUTRE, j’ai pris mon stylo pour souligner les phrases, je me suis entendu dire à mon fils que nous devrions apprendre L’étranger par coeur. (Ne me demandez pas pourquoi ? )

En page de garde, il y a une phrase qui dit : « Il arrive un moment où vous savez que tout n’est qu’un rêve, que seules les choses qu’a su préserver l’écriture ont des chances d’être vraies »

Voilà, rien d’autre que ça, 360 pages de vie, de temps qui passe dans la peau de Philip Bowman, un éditeur New-yorkais qui aime les femmes et qui le lui rendent bien.

Dans la lumière brulante du soir qui tombe, phrases après phrases, Salter fixe la réalité dans sa simplicité magique :

« Quand ils se dirent au revoir à la gare, il eut l’impression que quelque chose de définitif s’était passé entre eux »

« Elle avait beaucoup d’allure, y compris les lèvres nues et les cheveux en bataille, parfois précisément dans ce cas là »

« Elle était entrée dans sa vie comme une bénédiction, une preuve de l’existence de Dieu ».

Tout est beau dans ce livre, vous aimerez lire Salter !

James Salter, Et rien d’autre, Éditions de l’Olivier.